ARG : Amour Absent, Racisme Gagnant
On porte tous sur nos épaules la responsabilité
De porter un voile, d’avoir une couleur, une religion ou une nationalité
Tu peux courir, tu peux t’enfuir en essayant d’y échapper
Mais les préjugés te poursuivent, c’est comme une fatalité
On est fiché dès notre naissance, voué à une certaine destinée
Tous nos principes, nos opinions sont juste là pour camoufler
Une origine, un incessable combat que l’on perd à chaque fois
Pour une liberté de penser à laquelle on n’a pas droit
Que tu t’appelles Mamadou, Kamel ou Fatima
Dans la rue, t’es dévisagé et vite jugé de la même façon
Il y a ceux qui croient qu’à chaque pas tu planifies un attentat
Et ceux qui pensent que plus tard, c’est direct la prison
Notre départ est comme un handicap dans un jeu télévisé
Notre fardeau, non négligeable, n’est pas de ceux qu’on peut cacher
Comment cacher un voile qui sur la tête est censé se porter ?
Comment cacher une couleur qui sur la peau est étalée ?
Aujourd’hui, t’es toléré avec beaucoup de méfiance
Mais demain te seront peut-être fermés les chemins de la connaissance
T’as peut-être l’impression que tout ça n’est qu’un conte de fées
Mais c’est pas vrai sinon c’est qu’il n’y a que des sorcières déguisées
Tout ça, c’est du vécu pour une jeune fille que je connais
Derrière son voile, c’était une fille simple comme tous les jeunes de son âge
Mais dans son école, ce bout de tissu les a dérangés
Et en deux temps, trois mouvements, elle s’est retrouvée devant un barrage
D’intolérance, d’incompréhension et de pitié mêlées
Que vouliez-vous qu’elle fasse ? Qu’elle accepte ce chantage ?
Avec courage, elle a changé d’école et refusé de céder
Devant ces clichés saturés de mensonges et figés comme des images
Circulant pourtant plus vite que le plus rapide des TGV
Se faufilant silencieusement même dans les esprits les plus sages
Toutes ces paroles, tu les as sans doute déjà entendues mille fois
Et si tu ne le vis pas, tu penses sans doute que tout ça, c’est du blabla
J’t’assure, au début, on était aussi comme toi, on croyait
Mais il nous a suffi de croiser deux, trois regards pour perdre cette innocence
[assurée
Pour nous, l’enfer commence dès que dans nos veines coule notre sang
En maternelle déjà, les gosses nous pointaient du doigt en rigolant
Et les parents détournaient le regard en les éloignant précipitamment
Comme si on pouvait être contagieux, juste en étant différent
Et on a grandi et notre misère a pris de plus en plus de poids
On a beau essayer de faire régime mais la confiance ne passe pas
Il leur suffit de lire notre nom pour nous refuser direct un emploi
Et on fait des paris sur le prochain que, sans raison, la police coffrera
Pour toi qui pensais que le monde était si beau et si parfait
Pour toi qui pensais vivre dans un monde libre et civilisé
Je vais te décevoir mais après tout, je veux que tu saches la vérité
Ce que je t’ai relaté ici n’est que la plus pure des réalités
Cependant, il nous arrive quelquefois de croiser des gens très biens
Des personnes pour qui on est tout d’abord et avant tout des êtres humains
Des bonjours, des sourires timides échangés dans la grisaille d’un matin
Où l’Univers pleure sur nos têtes toutes différentes les mêmes larmes de
[chagrin
Voilà, je t’ai raconté en long et en large de quoi est faite notre existence
Une longue série de moments parsemés de jugements au quotidien
Dans ma tête pourtant, une question demeure et souvent me revient :
Que doit-on faire pour qu’ils nous acceptent avec nos différences ?
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